mercredi 7 octobre 2015

Livre - "On ne voyait que le bonheur"


On lit en musique ?





4ème de couv
"Une vie, et j'étais bien placé pour le savoir, vaut entre trente et quarante mille euros. Une vie; le col enfin à dix centimètres, le souffle court, la naissance, le sang, les larmes, la joie, la douleur, le premier bain, les premières dents, les premiers pas; les mots nouveaux, la chute de vélo, l'appareil dentaire, la peur du tétanos, les blagues, les cousins, les vacances, les potes, les filles, les trahisons, le bien qu'on fait, l'envie de changer le monde. Entre trente et quarante mille euros si vous vous faites écraser.Vingt, vingt-cinq mille si vous êtes un enfant.Un peu plus de cent mille si vous êtes dans un avion qui vous écrabouille avec deux cent vingt-sept autres vies. Combien valurent les nôtres?" 
À force d'estimer, d'indemniser la vie des autres, un assureur va s'intéresser à la valeur de la sienne et nous emmener dans les territoires les plus intimes de notre humanité.
Construit en forme de triptyque, "On ne voyait que le bonheur" se déroule dans le nord de la France, puis sur la côte ouest du Mexique. 
Le dernier tableau s'affranchit de la géographie et nous plonge dans le monde dangereux de l'adolescence, qui abrite pourtant les plus grandes promesses.

Mon avis
Si en choisissant Delacourt, vous pensez retrouver la légèreté de "La liste de mes envies" ou de "La première chose que l'on garde", vous faites fausse route !
Dans "On ne voyait que le bonheur", l'auteur nous livre un roman tragique, poignant et dérangeant.
Le personnage central, Antoine, est un tordu, un cabossé de la vie, qui ne se supporte pas, qui ne peut plus souffrir. Perte d'une mère, tromperie de sa femme, licenciement... Comment surmonter les ennuis qui s'accumulent et à transmettre à ses enfants quelque chose de positif ? Plus aucune perspective pour Antoine, prêt à commettre l'irréparable pour s'assurer que ces enfants ne vivent pas dans ce monde auquel il ne croit pas.
En couchant sur papiers les thématiques universelles du bonheur, des valeurs familiales, de l'amour, et du manque d'amour, l'auteur  nous emmène dans une ambiance sombre, cruelle, mélancolique, et pourtant poétique.
Au fil des pages, le lecteur est spectateur d'une tragédie qui met terriblement mal à l'aise, qui laisse sans voix, et qui pousse à continuer la lecture au plus vite pour découvrir la destiné des personnages.
L'art de Delacourt tient à nous rendre attachant un homme haïssable.
Dire qu'on passe un bon moment n'est pas juste. Un moment intense, assurément.

Une phrase  
Je me suis dit que le bonheur on ne le sait qu'après; on ne sait jamais qu'on est en train de le vivre, contrairement à la douleur.

On ne voyait que le bonheur, Grégoire Delacourt - Editions JC. Lattès

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